Normandie Vol Libre

Compte-rendu du SIV de Benjamin en juin 2021

jeudi 17 juin 2021 par Homo Volatilus Rigidus

Jeudi 3/06 :
Arrivé sur place à Doussard (lac d’Annecy), je monte à la Forclaz pour un vol de mise en jambe sur le décollage du col de la Forclaz (Montmin). Petit vol dans du dynamique avec la brise de vallée bien présente à 17h (15 km/h environ), l’atterrissage de Doussard sera sous la pluie pendant 30 minutes. Une fois le grain passé, je vole vers l’attero de Doussard pour poser tranquillement.

Vendredi 4/06
 :
Arrivée à 7h30 pétante chez Seiko, à Doussard, pour le briefing de la journée. Le weekend s’annonce mitigé, mais nous avons une très belle journée ce vendredi donc on démarre tôt pour faire le plus de vols possibles.

L’équipe encadrant le stage se compose de Seiko Fukuoka, multiple championne du monde de parapente, ancienne pilote test et d’acro. Avec elle, Charles Cazaux, aussi champion du monde PWC et légende du Cross Country Français. Ils se montreront très accessibles et pédagogues tout au long de ces trois jours.

Nous commençons par la vérification des montages de secours avec Charles, puis nous échangeons avec Seiko sur comment je me sens, quelle est mon expérience de SIV (c’est le 1er !), et ce qu’elle me propose pour commencer :
exercice de tangage pour valider le timing de temporisation
expérimenter une fermeture asymétrique courte et sans auto-rotation
expérimenter une fermeture frontale massive

On monte dans le camion, et Charles nous conduit au décollage du col de la Forclaz. Quelle vue magnifique ! Nous sommes 8 stagiaires, il y a Carl qui vient d’allemagne, Sergey qui vit en suisse et d’origine Polonaise, Vincent qui est franco suisse, Laurent des Piafs migrateurs le club parisien, Arnaud qui arrive de Lausanne en suisse, Jean-Luc qui vole en Aquitaine, et Alain qui vole du côté de Genève. On se prépare rapidement pour enchaîner les décollages. Chacun a une oreillette et entend Seiko, restée en bas au pied du Lac, qui donne ses instructions. On décollera dos voile, heureusement que je l’avais révisé celui là.

Seiko à gauche, Nico le cameraman à droite

Premier vol, j’appréhende beaucoup les exercices, j’en fais part à Charles qui me redonne confiance. Je décolle et file droit vers le box, la zone au-dessus du Lac où nous serons en sécurité pour enchaîner les manœuvres au-dessus de l’eau.
Seiko m’explique la manœuvre en arrivant dans le box après avoir fait quelques poignées témoins. Ça aura le mérite de me concentrer sur le moment et les actions à faire, et de m’activer. C’est parti, fermeture asymétrique à gauche, puis à droite, je me rends compte rapidement que la voile ne tourne que très peu même avec 50% de fermé, c’est rassurant. J’enchaine sur la frontale, mouvement surprenant de bascule vers l’arrière, mais l’aile réouvre très vite, je finis par du tangage pour valider les fondamentaux : la tempo dans le bon timing. [VIDEO]

Deuxième vol, je commence à tester les fermetures asymétriques avec auto-rotation. Les premiers essais ne sont pas très concluants, la voile ne tourne pas suffisamment quand il n’y a que 50% de fermé, même avec de l’appuie sellette. Ce sera une grande différence entre les ailes de catégorie B bas/milieu et les B+ de ce SIV. Je me rends compte de la différence d’énergie alors même que nous sommes toujours dans la même catégorie.
Troisième essaie et c’est le bon, je ferme 60%, le coude bien collé contre les côtes, je pars illico en autorotation, sorte de spirale où l’aile et le pilote tournent autour d’un axe central. Ca fait bizarre et je n’aime pas trop, je relâche et tout redevient normal. Quatrième tentative, cette fois-ci Seiko m’indique qu’il faut que je la contre à la commande, ça marche bien et je me rends compte de combien il faut baisser la commande pour que ça ait un effet : 15-20cm pour mon équipement. [VIDEO]

Troisième vol de la journée : toujours auto-rotation avec une plus grande fermeture, la sortie se fait automatiquement en chandelle et je comprends alors le cheminement des exercices depuis le début de la journée. C’est une suite d’actions et de réactions qu’il faut savoir réaliser pour accéder aux manœuvres suivantes. Demain ça sera vrilles, et 360 engagés sortie dissipée ou sortie chandelle.
Sur chaque vol on finira par un peu de tangage, histoire de sortir tranquillement des manœuvres et de se remettre de ses émotions. L’attero n’est pas simple, dans la brise du lac, et laisse seulement un couloir exigu pour poser entre haies d’arbres et le lac. Ce sera d’ailleurs le seul endroit où il y aura des incidents lors de ce weekend : finale trop longue qui termine dans l’eau, arbrissage, poignée de secours qui se détache. Bref il fallait rester concentré jusqu’au bout. [VIDEO]

Charles en bleu à droite communique avec Seiko sur le prochain stagiaire qui arrive

Je suis rincé après cette première journée pleine d’émotions, mais je me sens aussi rassuré car j’arrive à progresser malgré la nausée.

Samedi 5/06 :
Finalement, les prévisions ont un peu évolué et laissent entrevoir quelques créneaux entre la pluie. Charles et Seiko décident de faire 2 rotations le matin. Charles suit constamment le radar météo pour anticiper les trajectoires des grains, et nous fait patienter quand un grain passant sur Annecy déclenche un front de rafale qui remonte le lac.

Je commence par réaliser des 360 avec sortie chandelle. La sortie doit être précise et j’apprends alors à doser la compensation. Si elle est bien faite, l’aile doit se remettre à plat dans l’axe du roulis au moment de la ressource, ce qui donnera une abattée bien symétrique et sera plus simple à temporiser.

L’exercice suivant est le 360 engagé. La manœuvre nous amène à partir en 360 rapidement, puis après quelques tours, commencer à gérer sa vitesse de rotation avec la commande extérieure. On alterne ainsi des phases d’accélération de la rotation et des phases de récupération sans sortir du 360. Seiko nous explique que ça permet de garder un taux de chute important tout en gérant sa tolérance à la force centrifuge, ce qui est primordiale quand on veut descendre vite lorsque ça monte de partout. La sortie dissipée évite la ressource d’une sortie chandelle et donc évite de regagner une partie de l’attitude qu’on voudrait perdre… [VIDEO]

Le dernier exercice de la journée sera les vrilles à 180°. L’exercice est impressionnant, c’est un décrochage asymétrique de l’aile. L’abattée qui s’ensuit se produit très tôt par rapport aux exercices de tangage classique. J’enfonce pendant 3 secondes la commande droite jusqu’au décrochage à droite, et au moment où je relève la main au poulie, le bout d’aile droit décroché veut tout de suite reprendre de la vitesse, et l’aile part rapidement dans une abattée de belle amplitude qu’il faut rapidement temporiser. [VIDEO]

La fin de journée est l’occasion de débriefer devant la vidéo. Seiko voit tout avec précision, et nous pointe les erreurs de timing, le surpilotage, les dissymétries. C’est intéressant de voir ses propres erreurs et de voir comment font les autres stagiaires pour réajuster. Je suis exténué et je m’assoupis devant les vidéos…

Séance vidéo débrief chez Seiko
Dimanche 6/06 :
Je démarre la journée en disant à Charles et Seiko que je ne ferai pas toutes les rotations. Je suis fatigué mentalement, je n’ai pas beaucoup récupéré des deux journées précédentes et je me sens nauséeux.

Je commence donc directement par le décrochage.
L’exercice est constitué de plusieurs actions de pilotage qui rendent la manoeuvre complexe à mon niveau : il faut d’abord réussir à décrocher complément l’aile, chose facile quand on touche le sol, mais en l’air, l’aile veut tout de suite revoler et se débat dans tous les sens pour revenir au vol. La technique que nous enseigne Seiko est de décrocher une première fois, puis au moment où l’aile part en crevette, relever les mains aux poulies et tout de suite décrocher à nouveau. Nous provoquons ainsi une sorte de sur-pilotage qui décroche complètement l’aile. Il faut alors la maintenir décrochée, ce qui est très physique car l’aile se débat, et attendre que l’effet pendulaire nous remette sous l’aile, et ainsi éviter une réouverture de l’aile au mauvais moment (quand elle est encore derrière nous) ce qui provoquerait une énorme abattée [Comme on peut le voir dans cet exemple].
Une fois que l’aile est bien au dessus de nous, on commence à chercher la marche arrière en relevant les mains de moitié (coudes à 90°), jusqu’à réouvrir petit à petit les bouts d’aile et avoir une porte de sortie, l’aile shoot et il faudra la temporiser pour revenir au vol normal.

Je fais l’exercice 4 fois, il m’arrivera sur certaines de partir en vrille quand mes mains ne sont pas maintenues baissées symétriquement. On fait alors l’exercice de re-décrocher quand la voile part en cacahuète. Pour les stagiaires en cocon, ils seront presque systématiquement twistés s’ ils ne replient pas leurs jambes.
[VIDEO1 et VIDEO2]

Bilan
Pour finir sur ce premier stage SIV en milieu aménagé, je me suis un peu fait violence pour aller faire des pirouettes au-dessus du lac d’Annecy, mais avec ma pratique qui évolue de plus en plus vers du vol montagne, des aventures bivouac et du cross country c’était le bon moment pour le faire.
J’ai forcément beaucoup appris : notamment sur moi même et ma capacité à gérer les 360, que je pouvais pousser plus loin sans avoir de voile noir et qu’il ne tenait qu’à moi de gérer la force centrifuge avec mon pilotage. Je pense qu’il faudra pratiquer régulièrement ces manœuvres pour les encaisser plus facilement à l’avenir.
Écouter et apprendre de champions comme Charles et Seiko fut très enrichissant sur de nombreux points. Ils nous ont donné beaucoup de nuances dans les discours qu’on entend par ailleurs, nous ont fait expérimenter les manœuvres d’homologation des voiles, sans aucun accroc et sans incident !
Enfin, j’ai compris ce qu’il faut en termes de justesse de pilotage, de timing et d’endurance pour gérer des ailes de niveau supérieur, et que je suis bien au niveau de mon aile actuelle.


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