Normandie Vol Libre

Au Secours, secours !

vendredi 19 avril 2013 par Bliss26 (Sylvain.A)

Collision en parapente et secours, comment gérer ?

Dominique F, présent sur le site de St Martin sur Armançon, nous informe d’une collision qui a eue lieu il y a quelques jours.

Cette "expérience" s’est bien terminée grâce aux arbres pour le pilote qui fait secours.

Tirons en donc des leçons.

Un pilote n’a jamais fini sa formation et doit toujours se remettre en question face à ses pratiques et chercher à enrichir ses connaissances.

Il doit s’appuyer sur les expériences heureuses et malheureuses des autres pour progresser.

Voici donc le bref récit des circonstances de l’accident, qui aurait pu facilement être évité par le pilote en arrière :

Le pilote qui suit est le plus haut, il bricole ses instruments et oublie de regarder autour de lui.

Dans la dernière vidéo, on s’apercevra que le pilote accidenté l’a bien vu se rapprocher par le coté arrière gauche, mais il n’a pas senti le danger venir.

Pas besoin de commenter plus, voici la première vidéo. L’accident est visible à partir de 45s.

On note que le pilote à l’avant lance très vite son secours. Il est fortement sollicité à le faire par les autre pilotes qui voient l’accident.

On comprend qu’il ait envie de le lancer très rapidement, au vu du profil de sa voile bien cassée, du pilote emmêlé dans ses suspentes et du taux de chute qu’il subit.

Mais c’était complètement prématuré... il n’y avait pas urgence encore à le faire. Il eut été préférable dans ce cas que ce soit le pilote de derrière qui le lance en premier, ce qui aurait contribué à les écarter, voire les séparer.

Maintenant demandons nous ce que nous aurions fait à sa place...

Personnellement, je pense que j’aurais pu faire de même sous l’effet du stress, par peur de voir l’autre me tomber sur la tête, puis être bloqué ou de voir l’autre voile accélérer au dessus prise dans ma voile.

Maintenant que j’ai vu cette vidéo et que je l’ai décortiquée, que l’on a été plusieurs à en discuter, je ne pense pas que j’agirais ainsi.

Néanmoins,le pilote à l’arrière en freinant fortement se sort assez rapidement du suspentage. Trop tard, pour le premier, le secours vient d’être lancé !

Notez qu’il passe très près du secours en cours de gonflage !

Que ce serait il passé s’il avait traversé le cône de suspentage du secours à votre avis ?

Que se serait il passé s’il n’avait pu se dégager du parapente avec un secours qui monte vers lui ? Mystère mais à mon avis c’était pas bon du tout !

Ensuite, le pilote n’arrive pas à neutraliser correctement sa voile qui se met en miroir avec le secours.

La vidéo suivante filmée du déco montre bien ce qu’il se passe si la voile n’est pas neutralisée.

Ca descend très très vite et en plus ça tourne dans ce cas particulier ! (la tentative de neutralisation par un seul élévateur)

Pas facile de rester lucide !

C’est impressionnant.

Notez bien, alors, que la voile abat fortement par l’avant au départ, pour tenter de reprendre sa vitesse, que le secours passe en miroir et poussé par le vent, tire derrière.

C’est ce qui explique que la voile reste bien gonflée face au sol.

Observez à quelle vitesse le pilote chute à ce moment.

Je n’ose imaginer ce qui se serait passé s’il avait touché terre alors !

Le taux de chute doit avoisiner les -7 à -10m/seconde. (et avec vitesse de rotation en plus par la suite...)

L’accident a eu lieu à au moins 130m de hauteur.
Et pourtant, la séquence va très très vite, on a pas vraiment le temps de réfléchir. En moins de 30 secondes, on est au sol !

Pour finir, la cerise sur le gâteau :

C’est comme si vous y étiez maintenant.

Ci dessous, c’est une vidéo par le pilote lui même !

On le voit reprendre son frein droit après avoir lancé le secours.

Donc la voile stoppe son abattée.

A ce moment, voile stabilisée et les deux freins en main il est préconisé (et ceci est une info fiable qui vient de nous être transmise par des pros lors d’un stage d’info secours) de réaliser de façon symétrique plusieurs tours de freins, (de l’ordre de 6 à 7), puis l’on tire tout ce que l’on peut à soi.

Le bord de fuite se met alors en boule et la voile est neutralisée.

Ainsi, le secours alors se place tout de suite au dessus et le pilote peut alors ramener l’ensemble du parapente à lui, en privilégiant l’action par les arrières si possible en attrapant les deux élévateurs arrières ensemble, sinon tout par les drisses de freins et surtout toujours de manière la plus symétrique possible).

Il n’est pas certain du tout que la voile fasse une frontale sans action sur les freins ou par les arrières : n’oublions pas que maintenant la trajectoire du pilote est verticale, le secours tire en arrière, donc la voile est sous tension à l’opposé et elle vole (mais vers une trajectoire verticale, donc vers le sol...)

A ce moment, le pilote aurait pu aussi directement tirer sur les arrières de façon symétrique surtout, sans avoir besoin d’agir par les freins.

Réaliser une traction par les avant pour accélérer encore l’abattée et faire frontale, puis attraper les arrières symétriquement est une perte de temps. De toutes façons, ce n’est pas une bonne idée de tenter la frontale pour neutraliser la voile car après vous être passé dessous en se rabattant sur elle même, elle risque de vous revenir dessus et faire un beau paquet cadeau !...!

Puis il tente de neutraliser sa voile, mais hélas, il ne tire qu’un seul élévateur arrière et la voile part en rotation.

Ça c’était la pire chose à faire !

Donc répétons le encore, la neutralisation sera toujours réalisée de façon symétrique, c’est très important.

sur la vidéo, il semble qu’il était possible d’attraper directement les arrières, l’ensemble apparait suspentes tendues.

Par cette manœuvre :

  • il est facile d’identifier les arrières (voile devant face au sol)
  • on peut les attraper facilement à partir des maillons et tirer symétriquement vers soi
  • le parapente se neutralise plus en douceur
  • le profil se casse sur toute la corde
  • le reste de la voile flappe comme un drapeau en restant plutôt devant soi et bord d’attaque vers le haut
  • on stoppe rapidement les mouvements de tangage, donc on réduit son taux de chute.

Si vous pouvez le faire ainsi, faites le.

Mais si vous êtes par exemple twisté, il est plus simple et rapide de trouver les drisses de frein et de faire plusieurs tours comme expliqué auparavant puis tout ramener à soi par la patte d’oie.

L’inconvénient est que l’on a pas mal de ficelle autour des mains, mais bon... l’important est de neutraliser la voile au plus vite, notamment pour stopper le parapente qui shoote vers le sol, éviter les mises en rotation et les balancements qui amplifient le taux de chute de manière radicale.

Alors, en conclusion : regardez encore et encore ces vidéos pour vous
mettre en situation.

Ce n’est qu’ainsi que l’on sera apte à réagir au mieux et avoir les bons gestes si l’obligation de jeter le secours se présente à nous un jour.

PS : l’autre n’a même pas payé une bière ! Quelle honte !

Un exemple ici de neutralisation académique de la voile lors d’un lancer de secours.

Si la voile a bien shooté devant, notez qu’il est "simple" (humour) d’attraper les arrières.

Ça, c’est quand vous n’êtes pas bringuebalés dans tous les sens avec une voile au trois quarts fermée, effondré dans la sellette en autorotation, avec un twist ou deux qui vous empêche de tirer les arrières, voire de les identifier dans l’urgence !

Sinon, encore une fois, faites des tours de freins de manière symétrique.

Le petit plus : avoir enlevé ses mains des dragonnes auparavant


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