Normandie Vol Libre

Stage pilotage / SIV avec Flyeo (Annecy)

mardi 21 juin 2011 par Stéphane D.

Voici un compte-rendu détaillé de mon stage pilotage / SIV effectué avec Flyeo à Annecy, du 2 au 4 juin.
Wing-over
J’en profite également pour rappeler quelques généralités à l’intention de ceux qui découvrent ce sujet, désolé pour ceux qui le maîtrisent déjà !

Pour commencer, un petit résumé en images et sons :


Stage Pilotage / SIV avec Flyeo, Annecy, 2-3-4... par stephane_detry

Pilotage ? SIV ?

- Une étape à mon avis extrêmement utile dans le cadre d’une progression vers plus de sécurité et de sérénité
- Pour faire court : on bouscule voire on brutalise sa voile jusqu’aux limites, et au-delà, "pour voir", puis "pour agir", mais en milieu sécurisé, c’est à dire au-dessus de l’eau et avec parachute de secours, gilet de sauvetage et bateau de récup’
- "SIV" = Simulation d’Incident de Vol. Il s’agit de réaliser différentes manoeuvres provoquant pour la plupart la sortie du domaine de vol, accepter les sensations qui en découlent (déséquilibre des appuis, vitesse de rotation, fort vent relatif, accélérations...), affronter la peur légitime (avant et pendant), et s’affranchir de la "viscosité mentale" (ou "panne de cerveau") associée afin d’agir aux commandes et à la sellette
- "Pilotage" = explorer et comprendre les différentes actions possibles du pilote sur le mouvement de la voile dans son domaine de vol, à la sellette et aux commandes, prendre conscience de l’efficacité (ou inefficacité) de ces actions selon leur amplitude, l’instant, le tempo, et la configuration de vol (vitesse, inclinaison, etc). L’objectif est de perfectionner sa technique pour évoluer avec plus de performance et de sécurité.
- La distinction entre pilotage et SIV est en fait assez artificielle, puisqu’il s’agit de deux facettes de la même progression : la pratique de manoeuvres de pilotage avec une amplitude croissante amène tôt ou tard à une sortie du domaine de vol, et d’un autre coté, la réaction rapide et sure face à un incident de vol exige une bonne compréhension et maitrise du pilotage...

Autorotation

Le groupe

Venons-en au stage en lui-même :
- Comme d’habitude, l’effectif du groupe correspond à la contenance d’une navette, soit 8 stagiaires.
- Progression personnalisée et à la carte, en fonction des attentes et du niveau de chacun, car le groupe était très hétérogène, allant du petit jeune qui vole depuis 1 an et souhaite "découvrir des sensations", au moniteur BE s’apprêtant à passer le module d’enseignement SIV la semaine d’après...
- Pour le premier, ce sera la découverte progressive du tangage et des 360° avec une inclinaison croissante, et pour le deuxième, SAT et hélicos après quelques décrochages "apéritifs" sur le premier vol :)
- Pour ma part je me situais à un niveau intermédiaire comme la plupart des gars (eh, oui, toujours aussi peu de filles...), n’étant plus des perdreaux de l’année, mais se situant encore loin de la voltige.
- Ah, oui, j’allais oublier, comme 8ème passager nous avions, en "guest star", Charles Cazaux, champion du monde PWC 2009 et pilote test chez Ozone (néanmoins fort sympathique et accessible), qui venait pour envoyer des décrochages avec la R11, le dernier avion de chasse de chez Ozone ! :)
- Bref : grande diversité, ambiance humble et ouverte permettant à chacun de se focaliser sans complexe sur sa propre progression

Aux commandes du groupe, Fabien Blanco, voltigeur de haut niveau et moniteur Flyeo aussi expérimenté que pédagogique.

Décrochage

Déroulement de mon stage

Mes précédentes expériences en la matière remontaient à 2003 (SIV avec Les Passagers du Vent), et 2005 (pilotage avec David Eyraud). Le tout avec ma bonne vieille ITV Tomahawk de 2003 avec laquelle je vole encore aujourd’hui, en libre et au moteur.

Fin 2005 j’avais laissé mon marque-page au chapitre des 360° face sol, et wing-over avec une bonne amplitude.

Mes objectifs sur cette édition 2011 étaient de re-valider mes acquis, un peu anciens, et dans la mesure du possible, aborder le décrochage (un mythe depuis mon initiation...) ainsi que maintenir une autorotation au moins 1 tour avant de l’arrêter sans faire secours (jamais été très motivé pour finir dans l’eau, après faut faire sécher le matos, et on perd le vol suivant...)

Mon carnet de vol :

JOUR 1 :
Ciel bouché, la couverture d’altostratus stagne juste à l’altitude du déco de Montmin (1250m) qui reste intégralement dans le brouillard. La misère... On prolongera le briefing jusqu’en fin de matinée, puis on monte au déco... ça reste bouché... Finalement on fera les 2 premiers vols depuis le petit déco de Coche-Cabane, 100m plus bas, accessible après une petite marche dans les bois. Certes on perd 100m de gaz à l’arrivée au-dessus du lac, mais au moins on vole ! Le 3ème vol se fera depuis Montmin, le lac apparaissant dans des trouées du nuage. Debriefing video de ce 1er jour exceptionnellement terminé à 21h30 !
-  Vol 1 : 360° face sol, sortie en chandelle, puis 360° face sol, sortie dissipée sur 1/4 de tour
-  Vol 2 : idem, en s’efforçant de faire une entrée plus progressive, et en travaillant la sortie dissipée 1/4 tour
-  Vol 3 : Autorotations. Fermeture 1/2 aile (élévateur A complet), maintien sur 1 tour, et sortie à la commande, l’élévateur étant tenu jusqu’en sortie pour simuler une grosse cravate. Pour les 2 suivantes, relâchement de l’élévateur après 1 tour et sortie à la commande.

JOUR 2 :
Déco Montmin. Début de journée encore un peu bouché, puis se dégageant par la suite..
-  Vol 1 : Mon tout premier décrochage !... suivi de 2 autres : selon la séquence décrochage / recontruction / vol arrière / sortie abattée contrée
-  Vol 2 : idem (2 décros + vol arrière)
-  Vol 3 : idem (2 décros + vol arrière)
- 7 décrochages sur 3 vols : pour une première fois, c’est une bonne journée ! :)

JOUR 3 :
Déco Montmin. Début de journée dégagé pour le 1er vol, puis j’ai bien cru que le stage allait s’arrêter ce midi, pour cause de couvercle gris pluvieux s’installant au moment du 2ème vol avec du vent de sud empêchant de rentrer à l’atterro... Finalement après un peu d’attente ça se redégage, et la fin de journée sera belle.
-  Vol 1 : Vrille à plat (= décrochage asymétrique) maintenu sur 1 tour, puis sortie en décrochage + vol arrière. 2 fois.
-  Vol 2 : Une vrille à plat, puis une série de wing-over
-  Vol 3 : Wing-over (3 séries)

Vol en marche arrière (après décrochage)

Autres exercices typiques accessibles dès un premier stage pilotage / SIV (liste non exhaustive)
- Découverte progressive du tangage, agir symétriquement à la commande, sentir le tempo ressource-abattée-accélération, comprendre la différence entre abattée pendulaire et abattée aérodynamique, prendre de l’amplitude et s’habituer à voir son aile passer -un peu- devant soi...
- Découverte progressive des 360° : virage progressivement incliné, s’habituer à l’accélération centrifuge et à la perte de repères/sol avec le paysage qui défile à toute vitesse...
- Fermeture asymétrique, d’abord grande oreille (2 suspentes) puis demi-aile (1 élévateur A complet), contrer simultanément à la sellette et/ou commande, constater que le cap est maintenu et que ça vole droit, constater qu’il est même facile de diriger l’aile à l’opposé du coté fermé...
- Techniques de descente rapide : grandes oreilles, accélérées ou pas, spiralées ou pas, descentes aux B
- Petits wing-over (virage cadencés) à la sellette seule
- Sur demande : faire secours, après avoir déclenché et maintenu une autorotation. Pourquoi pas, pour le fun (sur le dernier vol), mais de peu d’utilité en termes de pilotage... En général la voile ré-ouvre et ça finit en effet miroir dans l’eau car une fois sur deux on n’arrive pas à affaler la voile aux B (ou C, ou A, ou... n’importe quoi)

Vrille à plat, et élévateur sur la tronche

Bilan et bénéfices :
- J’ai toujours retiré une immense satisfaction de ce genre de stage...
- Il m’est aussi arrivé d’avoir la trouille, soyons clairs, et de me sentir tout-petit-tout-péteux face à l’eau bleu-vert du lac d’Annecy qui tourne dans tout les sens... (mais je n’ai jamais fini dedans !)
- Mon premier SIV avait joué le rôle de démystification (dépucelage dirons certain ;-) par rapport à certaines situations effrayantes.
- Le 2ème, stage pilotage, m’avait fait progresser dans la gestion du tangage, et des 360°, à tel point que j’ai osé ensuite envoyer des spirales quasi face sol en paramoteur à 150m/sol dans ma plaine entre Lens et Arras...
- Sur cette 3ème édition Flyeo, j’ai fait des gros progrès également, que je n’ai pas fini d’exploiter
- J’ai touché un Graal, une bête noire qui jouait le repoussoir depuis mon stage d’initiation, j’ai nommé le décrochage, au point d’en envoyer 7 en une journée, comme on va au boulot, et de m’en servir comme outil pour sortir de la vrille. Enorme !
- J’ai encore du boulot pour faire des wing-over propres, mais les pièces du puzzle commencent à s’assembler dans ma tête, il faut ensuite avoir suffisamment de gaz pour pratiquer encore et encore : "Sellette !... Commaaaande... maintiens-maintiens-maintiens.... extérieur... top bras haut !... Sellette ! ... (etc)
- De manière générale, si on est attentif et qu’on s’imprègne comme une éponge lors des briefings / debriefings, verbaux d’abord, vidéo ensuite, si on ose poser des questions, alors on mémorise des clés, des indices, des grilles de lecture qui continuent de fructifier longtemps après, en tout cas ça a toujours été mon cas
- Autrement dit : si on ne se contente pas de subir passivement, la durée du bénéfice est infiniment supérieure à la durée du stage...
- Une chose est certaine : il faut être motivé pour aller explorer du coté obscur de la Force...
- L’appréhension croissante, voire la peur, sont caractéristiques à l’approche d’un exercice nouveau ([radio] : "C’est quand tu veux..." - [cerveau pilote] : "Nan, j’veux pas !..."), mais ensuite, après que le rideau a été franchi une fois, deux fois, trois fois, la frontière de la peur recule et on vole plus serein, en particulier en conditions turbulentes.
- Avoir vécu une situation "dans sa chair" permet de la démystifier, et à plus forte raison lorsqu’on a appris la bonne action de pilotage à exercer au bon moment (pour stopper net un début d’incident), on vole indéniablement en plus grande sécurité.

Abattée en sortie vrille + décro

Qui peut jouer ?
- Tout le monde... ou presque...
- En fait il faut être autonome au déco et à l’atterro
- Autonome au décollage, sans vent (dos voile, ou face voile pour les inconditionnels), avec vent (face voile, donc), sinon on devient un boulet pour le groupe
- C’est particulièrement vrai pour les stages sur Annecy, qui décollent de Montmin, déco le plus fréquenté de France, car cela peut ressembler à Roissy - Charles De Gaulle aux heures de pointe (on a dû frôler la centaine de pilotes au déco, avec les cars d’Allemands débarquant pour le WE 4 jours de l’Ascension...). Ca la fout mal de foirer un déco avec une telle affluence. En général on a une 2ème chance, mais au 3ème ratage tu passes ton tour et tu dégages en bord de moquette !
- Autonome à l’atterrissage, évidemment, car une fois que le moniteur a vérifié depuis son zodiac que tu as assez de gaz pour rentrer et qu’il ne va pas devoir aller te chercher dans l’eau, il te laisse gérer. Ici l’atterro était entouré d’un camping avec des grand arbres, et un ruisseau bordant une zone humide. Avis aux amateurs : le but n’est pas de passer son temps à aller faire des sauvetages de branquignoles les pieds dans la boue et d’aller démêler les suspentes dans les roseaux !
- Ceci dit... il est arrivé à Charles Cazaux d’aller y poser, dans les roseaux, avec une cravate de compét’ (forcément de compét’) post-décrochage sur sa R11... comme quoi, hein... :D
- Les objectifs : ils sont propres à chacun. Découverte du pilotage à partir de zéro (ou presque), se familiariser avec une nouvelle voile, reprendre confiance après un incident et fortifier sa technique, suivre une progression cohérente vers la voltige, ou la maitrise du vol en conditions turbulentes, etc...

Wing-over

Aspects pratiques
- Stages généralement programmés sur 2 ou 3 jours, au-delà on sature, étant donné l’intensité nerveuse que cela implique
- Privilégier les formules comportant un jour de réserve pour compenser l’aléa météo, avec lequel il faut composer comme pour tout stage de parapente !
- La vulnérabilité à la météo est encore plus impitoyable en SIV car les vols durent moins de 5 minutes (on fait tout pour descendre vite !), donc pas question de rattraper une piètre journée par la durée d’un vol ultérieur, comme en cross
- Par conséquent, ne pas faire un très long déplacement uniquement pour le SIV, sous peine de grosse frustration ! Prévoir un plan B (semaine en famille en parallèle, stage ou sortie club auparavant ou juste après, etc...)
- Journée type : 3 vols maxi, briefing / debriefing verbal et individualisé avant et après chaque vol, puis debriefing collectif en fin d’après-midi en visionnant tous les vols en salle, avec questions / réponses à volonté
- Voile en bon état de vol, cela va de soi (révisée)
- Venir avec sa sellette en état de vol habituel (protection mousse, le cas échéant)
- Parachute de secours obligatoire, en bon état et replié récemment. De toute façon, son état, son pliage et sa fixation seront vérifiés en début de stage (conteneur extérieur ouvert, pod entr’ouvert voire parachute partiellement déplié). Savoir le replier soi-même vite et bien et le remonter peut être utile...
- Radio indispensable (avec chargeur et éventuellement notice...). Protection à l’eau par momification au scotch dans des sacs congélation... :)
- Les écoles prêtent des oreillettes pour les marques les plus courantes
- Secours et radio peuvent être loués
- Tout le reste de votre instrumentation de vol est bien sûr inutile : GPS, vario, etc car susceptible de finir à l’eau
- Prévoir un jeu de vêtements de vol de rechange, pour les mêmes raisons (plouf !)...
- Les videos de vos vols (et tous ceux du groupe) filmés depuis l’atterro sont généralement disponibles gracieusement en fin de stage, prévoir un support mémoire qui va bien.
- Le temps qui passe : en 2003, je suis reparti avec une cassette VHS. En 2005 je suis reparti avec un DVD. En 2011, il fallait prévoir environ 10 Go d’espace disque (les partitions de mon PC ne contenant individuellement pas assez de place, et n’ayant pas pris mon disque externe, je n’ai donc pas récupéré ces videos)
- Au moins je les avais filmées avec ma caméra embarquée, Gopro Hero (définition standard) étanche et résistante aux chocs.
Ce n’est pas le même apport que de voir les vols de l’extérieur, mais bien sympa quand même !

Décrochage rock 'n' roll et semi-twisté...

Liens :

Liste absloument pas exhaustive : ces 3 là sont juste parmi les plus connus sur Annecy. Mais dès qu’il y a une école compétente, un plan d’eau, et un moyen de décollage (y compris treuil), c’est possible.

Flyeo, avec Fabien Blanco :
http://www.flyeo.com/

K2, avec Christophe Waller :
http://www.k2parapente.com/

Les Passagers du Vent, avec David Eyraud :
http://www.lespassagersduvent.com/

Voilà, voilà.

En espérant avoir suscité votre intérêt !

Merci d’avoir lu jusqu’au bout ;-)

Stéphane


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