Normandie Vol Libre

Un petit pas vers le nuage, un grand pas pour un parapentiste

mardi 5 mai 2009 par Sylvain B.


18 degré, le printemps est au rendez-vous.
Je m’équipe tout de même chaudement, l’altitude et les zones d’ombres rappellent rapidement que nous avons quitté l’ hiver il y a peu de temps.

Le beau temps est annoncé, du bleu pointe à l’horizon, mais pour l’instant le ciel est chargé de gros cumulus.

Avec ma dhv1/2 presque neuve, je suis le premier à m’élancer.

Un coup d’œil aux arbres pour estimer la force du vent. Mes repères d’hiver ont changé, le bruit de ronronnement du vent à travers les branches nues a laissé la place à des feulements dans la parure verte du printemps.

Chaque arbre a sa sonorité, il va falloir que j’ apprenne à les reconnaître, jamais un sport ne m’a autant rapproché de la nature.

25 km/h me semble une bonne estimation, décollage.
ça monte de suite, mon premier réflexe est de vérifier le fonctionnement de mon accélérateur et de m’écarter de la forêt au cas où mon estimation serait erronée.
Je m’avance devant le site, ça monte toujours ...

Je regarde mon altimètre, il indique 200 mètres, pourtant je l’ai bien réglé, cela fait moins de 5 minutes que je suis parti, effectivement le sol est loin, il y a bien une différence entre dhv1 et dhv1/2.

Il est grand temps de jeter un œil en l’air.
Une vision d’horreur s’impose à moi.
Le cumulus anodin du décollage qui prenait une petite partie du ciel, couvre maintenant la totalité de mon champ de vision, je suis si proche que je le vois évoluer sous mes yeux.
On pourrait presque voir de temps un temps un visage diabolique qui me fixe et m’appelle.

Mes muscles ne répondent plus, je tiens mes commandes du bout des doigts.
Mon mètre 65 et mes 24 mètres carrés semblent ridicules face à cette masse.

Je concentre la totalité de mon énergie à réfléchir.

Je suis en train de lire Appolo 13, le récit des astronautes qui ont failli orbiter autour de la lune pour l’éternité.
Ils se sont accrochés à leur procédure et s’en sont sortis.

Allo Houston, j’ai un problème.

La situation est stable, le vario indique +1,5 et la montée est douce, je passe en revue les méthodes de descente rapide.

Methode 1 : se placer dans les zones qui descendent.
Je t’en foutrais, moi des zones qui descendent, ça monte de partout.

Et si jamais le vario s’affole et que je me fais secouer, hein ! ???

Je passe directement à la Méthode 5 :
Faire les b .

Je ne les ai jamais fait, et ce n’est pas le moment de faire des expériences, promis j’essayerai dès que possible !

Bon Méthode 10 :
360 engagés.
Je sais les faire avec une dhv1, mais ça me met mal à l’aise une fois sur deux, de toute façon je n’aurai même pas la force de soulever une pomme.

Je rejette un œil en l’air ,brrr, j’estime le nuage à moins de 100 mètres , le vario indique toujours +1,5 , 226m . J’ai l’impression que le ciel me tombe sur la tête.

J’ai déjà eu cette impression lors de ma première plongée à -50m, la pression augmente et l’obscurité grandie, on étouffe on se sent oppressé.

Heureusement les premières plongées se font toujours avec un binôme aguerri.
Je suis tout seul en l’air , les autres parapentistes ont préféré la prudence.
Je comprend mieux l’importance des liaisons radio avec la terre, quand on est un astronaute à des milliers de kilomètres de la terre.
Silence radio ...

Au secours Gépéto, la baleine veut me manger.

Bon reprenons dans l’ordre
méthode 2 :
Faire les oreilles, est ce que cela va être suffisant ?
Les élévateurs dédiés de ma voile permettent de faire les oreilles avec des muscles d’enfant. vario ? .. -1,5

ça va mieux, je me laisse tomber, le manuel disait bien -3 aux oreilles, comme quoi il est primordiale de connaître sa voile pour choisir la méthode la plus adaptée rapidement.
Promis à la prochaine sortie mer je prend mon calepin et je note tout, taux de chute aux oreilles aux grandes oreilles, accéléré, en 360 etc .......

Alti, 160 mètres , je relâche les oreilles, après tout autant profiter du vol.
ça continu de chute, la baleine s’est désintéressée de moi.

Finalement je pose, histoire de récupérer des muscles d’adolescent.
Le premier nuage, je le choisirai plus sympathique.

Allo ici Houston , bon retour sur terre.

épilogue.
Si on suppose que le nuage était à 300 m et que le vario était constant à 1,5 m/s , le temps entre le décollage et le nuage est de ... 3 minutes et 33 secondes...


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